Italia Vera

Grissini artigianali

torinesi

Région
Piémont
Temps
30 minutes de travail + 1 h de levée + 15-18 minutes de cuisson
Difficulté
★★ Facile
Pour
environ 30 grissini

Inventés à Turin en 1679 pour un petit roi malade qui ne digérait pas la mie de pain

Les ingrédients (précis, sans exception)

  • 400 g de farinetype 00 (ou T55)
  • 220 ml d’eautiède
  • 8 g de levure de boulanger fraîcheou 3 g de sèche
  • 8 g de sel fin
  • 40 g d’huile d’olive vierge extrala tradition turinoise admet aussi le saindoux — voir note
  • 1 cuillère à café de malt ou de mielaide la dorure
  • Semoule fine de blé durpour le plan de travail (le secret du croquant en surface)
  • (Options classiques : graines de sésame, graines de fenouil, romarin)

La préparation, pas à pas

  1. L’impasto.

    Dissolvez la levure et le malt (ou miel) dans l’eau tiède. Ajoutez la farine progressivement en mélangeant, puis le sel, puis l’huile. Pétrissez 8-10 minutes : la pâte doit devenir lisse, souple, légèrement plus ferme qu’une pâte à pizza.

  2. La forme et la levée — déjà en position de tir.

    Voici l’astuce des boulangers : au lieu de faire une boule, étalez la pâte en un rectangle long de 10 cm de large et 1,5-2 cm d’épaisseur. Huilez-le en surface, saupoudrez généreusement de semoule, couvrez de film et laissez lever 1 heure à température ambiante. À la fin de la levée, la pâte est déjà prête à être découpée en grissini — zéro manipulation qui dégonflerait les bulles.

  3. Le découpage.

    Avec un coupe-pâte ou un grand couteau, coupez des bandes larges comme un doigt (1,5 cm) sur le côté court du rectangle. Ne les retravaillez pas, ne les roulez pas en boule : chaque bande est déjà un grissino en puissance.

  4. L’étirage — LE geste des « stirati ».

    Prenez chaque bande par les deux extrémités et étirez-la doucement en l’allongeant, jusqu’à la largeur de votre plaque de four (30-35 cm) — les boulangers turinois les étiraient « à la longueur des bras » ! Si une bande se casse : tant pis, deux grissini courts au lieu d’un long, tout aussi bons. Posez-les sur la plaque avec papier cuisson, légèrement espacés. L’irrégularité — plus fin ici, plus épais là — est la SIGNATURE de l’artisanal : les parties fines seront croquantes, les épaisses garderont une âme moelleuse.

  5. Les parfums (facultatifs).

    Roulez quelques bandes dans le sésame, parsemez d’autres de fenouil ou de romarin — un plateau varié fait toujours son effet.

  6. La cuisson.

    Four statique préchauffé à 200 °C, 15-18 minutes, jusqu’à une belle dorure uniforme. Faites-les refroidir sur une grille (pas sur la plaque : l’humidité en dessous ramollit tout). Refroidis, ils sont croquants de bout en bout et se conservent 1-2 semaines dans une boîte en métal.

Les erreurs à éviter

  1. Vouloir des grissini parfaits et réguliers comme les industriels. C’est exactement l’inverse du but : les bosses et les irrégularités sont le certificat d’authenticité du fait-main.
  2. Étirer brutalement. La pâte se casse. Doucement, des deux mains, en accompagnant.
  3. Retravailler les bandes coupées. On coupe et on étire, c’est tout : pétrir à nouveau dégonfle les bulles et durcit le grissino.
  4. Sortir les grissini pâles. Un grissino pâle est un grissino mou. Belle dorure ambrée, sans peur.
  5. Les faire refroidir sur la plaque. La condensation en dessous les ramollit. Grille, toujours.
  6. Les ranger encore tièdes. Complètement froids avant la boîte, sinon l’humidité fait son œuvre.

L’astuce du chef

L’histoire à raconter est délicieuse : en 1679, le petit duc Vittorio Amedeo II de Savoie, 13 ans et de santé fragile, ne digérait pas la mie de pain. Le médecin de cour Teobaldo Pecchio demanda au boulanger Antonio Brunero un pain SANS mie : Brunero étira le pain piémontais traditionnel (la ghërsa) jusqu’au bâtonnet tout en croûte — le grissino était né, et le petit roi guérit. Napoléon en devint fou au point de créer un service de courrier Turin-Paris pour ses « petits bâtons de Turin ». Et le geste turinois à montrer à table : drapez une tranche de jambon cru autour d’un grissino — le mariage grissino-prosciutto est l’apéritif italien par excellence.

Le vin conseillé

Faites comme à Turin : à l’apéritif, un verre de vermouth de Turin (rouge, avec zeste d’orange) — grissini et vermouth sont nés dans la même ville et se retrouvent tous les soirs depuis trois siècles. En vin : un Roero Arneis frais, ou des bulles d'Alta Langa.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Note du chef — la variante contestée

Turin compte deux grissini officiels, tous deux produits agroalimentaires traditionnels reconnus : le rubatà (« roulé » en piémontais — épais, noueux, roulé à la main, le plus ancien, roi de Chieri) et le stirato (« étiré » — notre version, plus fine et plus friable, née au XVIIIe siècle). Autre querelle : la matière grasse — les boulangers de Turin utilisent huile OU saindoux, ceux du Cuneese le beurre, et certains des vallées ne mettent AUCUN gras. Notre choix : le stirato à l’huile d’olive, le plus accessible et le plus friable pour débuter — le rubatà mérite sa fiche quand vous aurez la main.

Recette vérifiée et approuvée par le chef — Italia Vera, la vraie cuisine italienne.

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