Italia Vera

Parmigiana di melanzane

Gratin d’aubergines à la parmesane

Région
Campanie
Temps
1 heure de préparation
Difficulté
★★
Pour
6 personnes en antipasto

La reine des tables napolitaines, dont la première recette écrite proche de l’actuelle apparaît en 1839 dans la « Cusina casarinola co la lengua napolitana » du cuisinier Ippolito Cavalcanti ; l’aubergine, arrivée d’Orient avec les marchands arabes, y trouve son apothéose entre tomate San Marzano, fiordilatte et basilic.

Les ingrédients (précis, sans exception)

  • 1,2 kg d’aubergines longues violettesfermes et brillantes
  • 700 g de passata de tomates San Marzano AOPnon négociable : c’est elle qui donne la douceur et l’acidité juste ; on la trouve partout en France en épicerie italienne
  • 400 g de fiordilatte(mozzarella de vache) égouttée depuis la veille — jamais de mozzarella fraîche gorgée d’eau, et jamais de bufala ici : trop humide, elle noierait le plat
  • 120 g de Parmigiano Reggiano AOP râpé24 mois
  • 1 gousse d’ail
  • 1 gros bouquet de basilic frais
  • Huile d’olive vierge extra pour la sauce
  • 1 litre d’huile d’arachide pour la friture
  • Gros sel pour le dégorgementsel fin

Les aubergines se frient nature, sans farine ni œuf ni panure — c’est notre version déclarée (voir la Note du chef : la querelle est féroce).

La préparation, pas à pas

  1. Dégorger les aubergines.

    Coupez les aubergines dans la longueur en tranches de 1/2 cm. Disposez-les en couches dans une passoire en salant chaque couche au gros sel, posez un poids dessus et laissez dégorger 1 heure. Pourquoi ? L’aubergine est une éponge pleine d’eau amère : dégorgée, elle boit moins d’huile à la friture et le gratin ne rendra pas de liquide.

  2. La sauce — simple et franche.

    Faites blondir la gousse d’ail dans trois cuillères d’huile d’olive, versez la passata, salez, ajoutez quelques feuilles de basilic et laissez réduire 20-25 minutes à feu doux : la sauce doit être dense, jamais liquide. Une sauce aqueuse est la mort de la parmigiana.

  3. Frire les aubergines.

    Rincez les tranches, essorez-les et séchez-les une à une avec un torchon — méticuleusement. Faites-les frire par petites quantités dans l’huile d’arachide à 175-180 °C jusqu’à ce qu’elles soient dorées et souples, puis égouttez-les sur du papier absorbant en tamponnant bien. Oui, la friture est obligatoire : l’aubergine grillée est une autre recette (honorable, mais une autre).

  4. Préparer le fiordilatte.

    Coupez le fiordilatte égoutté de la veille en petits dés ou en lamelles et laissez-le encore s’égoutter dans une passoire pendant que vous frissez. L’humidité est l’ennemie numéro un : on ne le répétera jamais assez.

  5. Le montage — l’architecture napolitaine.

    Dans un plat à gratin : un voile de sauce au fond, puis une couche d’aubergines bien serrées, sauce, dés de fiordilatte, parmesan râpé, feuilles de basilic. Recommencez : au moins trois étages d’aubergines. Terminez par sauce et parmesan seulement — jamais de fiordilatte à nu en surface, il brûlerait.

  6. La cuisson.

    Enfournez à 200 °C pendant 25-30 minutes, jusqu’à ce que la surface forme une croûte bronzée et que les bords chantonnent. La maison entière sentira Naples : c’est normal, c’est voulu.

  7. Le repos — le passage sacré.

    Sortez le plat et attendez au moins 30 minutes avant de couper. À chaud, la parmigiana est une lave informe ; tiède, les étages se tiennent et chaque part se découpe nette comme un immeuble du centre historique. À Naples, beaucoup la préfèrent carrément le lendemain — et ils ont raison.

Les erreurs à éviter

  1. Sauter le dégorgement. Aubergines gorgées d’eau amère = friture spongieuse = gratin qui baigne. Une heure de gros sel n’est pas une option.
  2. Utiliser une mozzarella fraîche et humide. Elle rend son lait au four et transforme les étages en marécage. Fiordilatte de la veille, égouttée deux fois.
  3. Une sauce trop liquide. Elle doit napper la cuillère avant le montage. Réduisez, goûtez, réduisez encore.
  4. Griller les aubergines au lieu de les frire pour « alléger ». Le résultat est sec et triste : la friture n’est pas un caprice, c’est la texture même du plat. La parmigiana légère n’existe pas ; il existe des petites parts.
  5. Mettre le fiordilatte sur le dessus. Il sèche et durcit en caoutchouc. La couche finale, c’est sauce et parmesan, rien d’autre.
  6. Couper à la sortie du four. Tout s’effondre et coule. Trente minutes de repos minimum — la parmigiana récompense les patients et punit les gourmands pressés.

L’astuce du chef

Frittes et égouttées, tamponnez les tranches d’aubergine entre deux feuilles de papier absorbant en pressant franchement : vous retirez l’huile en excès et le gratin gagne en netteté ce qu’il ne perd pas en gourmandise. Et l’histoire à raconter à table : le nom « parmigiana » ne vient probablement pas de Parme — la piste la plus savoureuse le fait dériver du sicilien « parmiciana », les lamelles de bois superposées des persiennes, exactement comme les tranches d’aubergine se chevauchent dans le plat. Trois régions se disputent la maternité du chef-d’œuvre — Sicile, Campanie, Émilie — mais c’est un Napolitain, Cavalcanti, qui l’a couchée le premier par écrit en 1839, en dialecte, comme il se doit. À table, chacun choisit son camp ; dans l’assiette, tout le monde est d’accord.

Le vin conseillé

Piedirosso dei Campi Flegrei DOC (Campanie, servi à 16 °C) : un rouge volcanique souple, aux tanins doux et aux notes de cerise, qui accompagne la tomate et le gras de la friture sans jamais écraser le basilic — l’accord napolitain par excellence. En alternative, un Aglianico del Taburno DOCG jeune, plus charpenté, si la parmigiana est servie en plat principal.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Note du chef — la variante contestée

La parmigiana est peut-être le plat le plus disputé d’Italie. Première querelle, la paternité : Sicile (l’aubergine y débarqua avec les Arabes), Campanie (la première recette écrite, Cavalcanti 1839) et Émilie (le Parmigiano) la revendiquent toutes — nous racontons les trois, et nous cuisinons la napolitaine. Deuxième querelle, la friture : nature (notre choix, net et franc), ou passée dans la farine et l’œuf comme dans beaucoup de familles campanes — plus riche, presque une « scarpetta » intégrée ; certaines nonnes ajoutent même de l’œuf battu entre les couches pour lier. Troisième querelle, le fromage : fiordilatte à Naples, caciocavallo en Sicile, et les puristes siciliens frient leurs aubergines sans rien. La version grillée « light », elle, n’est pas une variante : c’est un autre plat. Chez Italia Vera : napolitaine, aubergines frites nature, San Marzano, fiordilatte de la veille, repos obligatoire — et un profond respect pour toutes les nonnes qui font autrement.

Recette vérifiée et approuvée par le chef — Italia Vera, la vraie cuisine italienne.

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