Farinata di ceci
Galette ligure de farine de pois chiches, croustillante et fondante
- Temps incompressible) + 10 minutes de préparation + 20 à 25 minutes de cuisson au four très chaud. Un plat d’une extrême simplicité d’ingrédients, mais qui exige de la patience pour le repos de la pâte.
- Difficulté deux étoiles : la recette elle-même est simple, la seule vigilance porte sur la cuisson à très haute température et sur le choix du plat de cuisson.
Gênes, où on l’appelle « fainâ » en dialecte génois — l’une des plus anciennes préparations de toute la cuisine ligure, dont les origines remonteraient probablement à l’époque romaine, mais qui trouva à Gênes, carrefour commercial de toute la Méditerranée, sa forme la plus aboutie et la plus emblématique. Nourriture des marins, des dockers et des commerçants du port, économique, nourrissante et facilement transportable, la farinata reste aujourd’hui préparée quotidiennement dans les fours traditionnels du centre historique génois, cuite dans de larges plaques de cuivre étamé appelées « testi », puis vendue à la coupe, enveloppée dans du papier, pour être dégustée debout dans la rue, encore fumante. Cette même préparation se retrouve, sous des noms différents, dans plusieurs régions italiennes : la « cecina » toscane, la « socca » niçoise de l’autre côté de la frontière, ou encore certaines variantes piémontaises — autant de déclinaisons régionales d’un même principe d’une grande simplicité : la farine de pois chiches, l’eau, l’huile et le sel.
Les ingrédients (précis, sans exception)
- 250 g de farine de pois chiches.
- 75 cl d’eau à température ambiante(soit environ trois fois le poids de la farine).
- 8 cl d’huile d’olive(idéalement une huile douce, peu amère — voir la Note du chef sur ce point, déjà abordé dans la fiche de la focaccia genovese de ce projet), complétée d’un filet supplémentaire pour la teglia.
- 10 g de sel fin(environ une cuillère à café rase).
- Poivre noir du moulinpour servir.
- Romarin frais(facultatif, pour une variante aromatique).
Ingrédient non négociable : un temps de repos d’au moins 2 heures, idéalement 4 heures, entre le mélange de la pâte et sa cuisson. C’est le point technique le plus fondamentalement identitaire de cette recette, souvent négligé par impatience : ce temps de repos permet à la farine de pois chiches de s’hydrater complètement et à la mousse blanchâtre qui se forme naturellement à la surface du mélange (composée des impuretés et des bulles d’air incorporées en fouettant) de remonter, mousse qu’il convient ensuite d’écumer soigneusement avant la cuisson pour obtenir une farinata bien lisse, sans amertume résiduelle.
La préparation, pas à pas
Mélanger la farine et l’eau.
Dans un grand saladier, versez la farine de pois chiches. Ajoutez l’eau progressivement, en fouettant énergiquement pour éviter tout grumeau, jusqu’à obtenir un mélange parfaitement lisse et fluide, de la consistance d’une crème légère.
Ajouter le sel.
Incorporez le sel, mélangez.
Laisser reposer.
Couvrez le saladier d’un linge, laissez reposer à température ambiante au moins 2 heures, idéalement 4 heures.
Écumer la surface.
Juste avant la cuisson, écumez soigneusement à l’aide d’une cuillère toute la mousse blanchâtre qui s’est formée à la surface du mélange — ce geste, souvent négligé, élimine une amertume résiduelle et garantit une texture plus lisse à la cuisson.
Incorporer l’huile.
Ajoutez l’huile d’olive au mélange, mélangez bien pour l’incorporer uniformément.
Préchauffer le four à sa température maximale, idéalement 250 à 270°C, avec la plaque de cuisson déjà à l’intérieur.
Préparer la teglia.
Sortez la plaque chaude (idéalement une plaque en cuivre étamé, à défaut une plaque en acier ou en fer, large et peu profonde), versez-y un généreux filet d’huile d’olive, faites-la chauffer quelques secondes de plus dans le four.
Verser la pâte.
Versez le mélange de farine de pois chiches dans la plaque chaude et huilée, sur une hauteur d’environ 1 à 1,5 cm, jamais davantage — la farinata doit rester très basse pour obtenir sa texture caractéristique, fine et contrastée entre croustillant et fondant.
Mélanger l’huile en surface.
À l’aide d’une cuillère, mélangez délicatement la surface pour bien répartir l’huile de cuisson sur toute la pâte.
Enfourner.
Faites cuire dans la partie basse du four, à température maximale, 15 minutes, puis déplacez la plaque dans la partie haute du four pour les 10 minutes suivantes, jusqu’à ce que la surface soit joliment dorée, presque tachetée de brun par endroits.
Gratiner en finition, si désiré.
Pour une surface encore plus croustillante, terminez quelques minutes sous le gril du four, en surveillant attentivement pour ne pas brûler.
Servir immédiatement.
Découpez en parts irrégulières, saupoudrez généreusement de poivre noir du moulin. Servez bien chaude, éventuellement accompagnée de focaccia genovese, déjà documentée dans ce projet.
Les erreurs à éviter
- Précipiter le temps de repos de la pâte. Sans ce repos suffisant, la farine ne s’hydrate pas complètement et la texture finale reste moins homogène.
- Ne pas écumer la mousse de surface avant cuisson. Cette mousse, laissée en place, peut apporter une légère amertume désagréable au produit fini.
- Verser une couche trop épaisse dans la plaque. La farinata doit rester très basse, 1 à 1,5 cm maximum, pour développer son contraste caractéristique entre l’extérieur croustillant et l’intérieur fondant.
- Cuire à une température insuffisante. Une farinata cuite à basse température resterait pâteuse plutôt que de développer sa croûte dorée caractéristique.
- Utiliser une huile d’olive extra-vierge trop amère ou trop marquée. Une huile au goût trop fort dominerait la saveur délicate de la farine de pois chiches.
- Servir la farinata tiède ou froide. Elle se déguste toujours très chaude, idéalement à la sortie même du four, quand sa texture est la plus contrastée.
L’astuce du chef
Si vous ne possédez pas de teglia en cuivre étamé traditionnelle, une plaque à pizza en acier épais ou même un grand plat à four en métal, à condition qu’il soit large et peu profond, donnera un résultat tout à fait honorable, à condition de bien le préchauffer à vide dans le four avant d’y verser la pâte : c’est cette plaque brûlante au contact immédiat de la pâte qui crée le contraste caractéristique entre le dessous croustillant et l’intérieur encore fondant de la farinata. Et l’histoire à raconter à table : nourriture historique des marins et des dockers du port de Gênes, économique et nourrissante, la farinata continue aujourd’hui d’être vendue à la coupe dans les innombrables fours traditionnels du centre historique génois, enveloppée dans une simple feuille de papier et dégustée debout, dans la rue, en quelques bouchées — un art de vivre populaire et convivial qui perdure depuis des siècles dans les ruelles étroites de la ville, bien avant que le concept de « street food » ne devienne à la mode ailleurs dans le monde.
Le vin conseillé
Vermentino di Liguria DOC (Ligurie, servi frais à 10-12 °C) : ce blanc sec et léger, typique de la région, accompagne avec beaucoup de fraîcheur cette spécialité de rue génoise, exactement comme le proposent traditionnellement les meilleurs fours de la ville. En alternative, un verre de Pigato di Albenga DOC, tout aussi local.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
Note du chef — la variante contestée
Le premier point disputé concerne nature ou aromatisée. La version la plus traditionnelle et la plus répandue, documentée en priorité dans cette fiche, reste entièrement nature, laissant s’exprimer pleinement le goût de la farine de pois chiches ; de nombreux fours génois proposent néanmoins des variantes avec de l’oignon finement émincé incorporé avant cuisson, ou avec un peu de romarin frais parsemé en surface. Deuxième point : teglia en cuivre étamé traditionnelle ou plaque moderne ? La teglia en cuivre reste l’instrument de référence pour les puristes les plus attachés à la tradition génoise, garantissant une conduction de chaleur optimale ; une plaque en acier ou en fer moderne, plus accessible pour un usage domestique, donne un résultat honorable, quoique légèrement différent selon les puristes les plus exigeants. Enfin, huile d’olive extra-vierge ou huile plus neutre pour la pâte elle-même ? Certains puristes utilisent une huile extra-vierge de qualité dès la préparation de la pâte ; d’autres, comme le recommandent de nombreux fours traditionnels, préfèrent une huile d’olive plus douce et moins amère pour la pâte, réservant l’huile la plus qualitative à un filet final versé à cru.
Recette vérifiée et approuvée par le chef — Italia Vera, la vraie cuisine italienne.
