Sfogliatella riccia
Chausson feuilleté en spirale, farci de semoule et ricotta
- Temps idéalement toute une nuit) + 1 heure de façonnage + 20-25 minutes de cuisson. Un dessert d’une grande exigence technique, qui demande une anticipation importante.
- Difficulté trois étoiles : l’étirage extrêmement fin de la pâte en feuilles successives et le façonnage en spirale demandent une technique avancée, parmi les plus exigeantes de ce projet.
Avec une origine sur la Côte Amalfitaine, au couvent de Santa Rosa de Conca dei Marini — l’un des desserts les plus techniquement impressionnants et les plus emblématiques de la pâtisserie napolitaine. L’histoire remonterait au XVIIᵉ siècle, quand une religieuse du couvent, disposant d’un reste de semoule cuite dans du lait, aurait eu l’idée de l’enrichir de fruits secs, de sucre et de limoncello, avant de l’envelopper dans une pâte façonnée en forme de capuchon monacal, pour l’enfourner — donnant naissance à la « Santarosa », en hommage à la sainte patronne du couvent. Ce dessert resta longtemps une spécialité strictement locale de la Côte Amalfitaine, jusqu’en 1818, quand le pâtissier napolitain Pasquale Pintauro entra en possession de la recette secrète et la transforma, dans sa boutique de la Via Toledo à Naples, en cette version plus fine, plus croustillante et à la forme caractéristique de coquille en éventail que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de sfogliatella riccia.
Les ingrédients (précis, sans exception)
Pour la pâte
- 500 g de farine forte(type farine de gruau, riche en gluten).
- 200 ml d’eau tiède.
- 1 pincée de sel.
- 1 c. à café de miel.
- 250 g de saindouxà température ambiante, pour le feuilletage.
Pour la farce
- 200 g de semoule fine.
- 500 ml de lait.
- 250 g de ricottaégouttée.
- 150 g de sucre.
- 2 jaunes d’œufs.
- 80 g d’écorces d’orange confitesen petits dés.
- Le zeste d’1 citron non traité.
- 1 pincée de cannelle.
- 1 pincée de sel.
- Sucre glacepour la finition.
Ingrédient non négociable : le saindoux généreusement étalé entre chaque couche de pâte extrêmement fine, jamais en quantité insuffisante. C’est le secret technique le plus fondamental de la sfogliatella riccia : contrairement à un feuilletage classique construit par pliages successifs, la pâte de la sfogliatella s’enroule en un long boudin après avoir été étirée en une immense feuille fine comme du papier, généreusement enduite de saindoux à chaque tour — c’est précisément cette graisse abondante entre les innombrables couches qui, à la cuisson, crée l’effet visuel si caractéristique de « pétales » ou d’écailles croustillantes qui donnent son nom (« riccia », « bouclée ») à ce dessert.
La préparation, pas à pas
Préparer la pâte.
Mélangez la farine, l’eau tiède, le sel et le miel, pétrissez longuement (idéalement au robot avec le crochet, 15 à 20 minutes) jusqu’à obtenir une pâte très lisse et élastique.
Laisser reposer.
Enveloppez la pâte de film alimentaire, laissez reposer au réfrigérateur au moins 2 heures.
Préparer la farce.
Portez le lait à ébullition, versez la semoule en pluie, en fouettant, faites cuire quelques minutes jusqu’à épaississement. Laissez tiédir, puis incorporez la ricotta, le sucre, les jaunes d’œufs, les écorces d’orange confites, le zeste de citron, la cannelle et le sel. Réservez au frais.
Étirer la pâte, très finement.
À l’aide d’un laminoir à pâtes ou d’un rouleau, étirez la pâte en une feuille extrêmement fine et longue, idéalement translucide.
Enduire de saindoux.
Étalez généreusement le saindoux ramolli sur toute la surface de la feuille de pâte.
Rouler en boudin serré.
Roulez la pâte sur elle-même dans le sens de la longueur, en un long boudin bien serré, pour former de nombreuses couches successives.
Laisser reposer le boudin.
Enveloppez le rouleau de film alimentaire, laissez reposer au réfrigérateur au moins 12 heures, idéalement toute une nuit — ce repos raffermit suffisamment la pâte pour permettre la découpe suivante.
Découper des tronçons.
Coupez le boudin bien froid en tronçons réguliers d’environ 2-3 cm d’épaisseur.
Façonner le cône.
Prenez chaque tronçon et, à l’aide des pouces, évasez-le progressivement en forme de cône creux, en travaillant délicatement les couches vers l’extérieur pour révéler leur structure en spirale.
Garnir.
Remplissez chaque cône de farce à la semoule et à la ricotta, à l’aide d’une cuillère ou d’une poche à douille.
Refermer.
Repliez légèrement les bords pour enfermer la farce, en conservant la forme caractéristique de coquillage.
Préchauffer le four à 220°C.
Enfourner.
Disposez sur une plaque recouverte de papier cuisson, enfournez 20 à 25 minutes, jusqu’à ce que les sfogliatelle soient bien dorées et que les couches se soient joliment ouvertes en éventail.
Servir.
Saupoudrez de sucre glace, servez tiède, idéalement peu après la sortie du four.
Les erreurs à éviter
- Ne pas étirer la pâte suffisamment fine. L’effet caractéristique en écailles dépend entièrement de la multiplication des couches extrêmement fines.
- Lésiner sur le saindoux entre les couches. C’est cette graisse abondante qui crée le feuilletage caractéristique à la cuisson.
- Découper le boudin sans l’avoir suffisamment laissé reposer au froid. Une pâte pas assez raffermie serait impossible à découper et à façonner proprement.
- Trop remplir chaque cône de farce. Un excès complique le façonnage et peut faire éclater la sfogliatella à la cuisson.
- Garnir la coque trop à l’avance avant cuisson. L’humidité de la farce détremperait la pâte crue.
- Servir les sfogliatelle qui ont trop attendu après la sortie du four. Elles se dégustent idéalement tièdes, peu après la cuisson, pour profiter pleinement du contraste croustillant.
L’astuce du chef
Pour faciliter l’étirage extrêmement fin de la pâte, un geste qui demande normalement des années de pratique professionnelle, utilisez un laminoir à pâtes fraîches réglé sur son épaisseur la plus fine, en passant la pâte plusieurs fois de suite, plutôt que de tenter l’étirage entièrement à la main — un compromis technique moderne qui permet d’obtenir un résultat honorable sans l’entraînement des maîtres pâtissiers napolitains. Et l’histoire à raconter à table : la transformation de la Santarosa monastique, plus rustique et guarnie de crème pâtissière et de griottes, en la sfogliatella riccia moderne par Pasquale Pintauro en 1818, illustre magnifiquement comment un secret jalousement gardé derrière les murs d’un couvent amalfitain a pu, une fois révélé, se métamorphoser entre les mains d’un pâtissier napolitain talentueux en l’un des symboles gastronomiques les plus techniquement admirés et les plus universellement reconnus de toute l’Italie — un débat, entre les partisans de la Santarosa originelle et ceux de la riccia de Pintauro, qui continue d’animer les passionnés napolitains deux siècles plus tard.
Le spumante conseillé
Lacryma Christi del Vesuvio Spumante (Campanie, servi frais à 8-10 °C) : ce spumante campan, produit sur les terres volcaniques proches de Naples, accompagne avec une belle cohérence territoriale la richesse parfumée aux agrumes de ce dessert.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
Note du chef — la variante contestée
Le premier point disputé, largement documenté, concerne la Santarosa originelle ou la sfogliatella riccia de Pintauro. La Santarosa, toujours préparée à Conca dei Marini selon la recette la plus ancienne, se distingue par l’ajout de crème pâtissière et de griottes sur le dessus de la garniture, absents de la version napolitaine ; la riccia de Pintauro, plus fine et plus universellement répandue, s’en tient à la seule farce de semoule et de ricotta documentée dans cette fiche. Deuxième point : la quantité et le type de fruits confits. Certaines recettes utilisent uniquement des écorces d’orange, d’autres un mélange plus large incluant citron confit ou cédrat. Enfin, un dernier point porte sur le degré de finesse de l’étirage : les artisans les plus expérimentés visent une pâte quasiment transparente, un idéal technique que la plupart des cuisiniers amateurs, malgré tous les efforts, n’atteignent qu’après de nombreux essais successifs.
Recette vérifiée et approuvée par le chef — Italia Vera, la vraie cuisine italienne.
